Lumbago, torticolis et douleur aigue du dos : comprendre la douleur pour mieux récupérer
Un mouvement banal, un effort, une mauvaise position dans le lit… et soudain, le dos se bloque.
Impossible de se redresser. Chaque mouvement devient douloureux. Certains patients décrivent alors une sensation de « nerf coincé », de « vertèbre déplacée » ou de « dos complètement bloqué ».
Face à une douleur cervicale, thoracique ou lombaire aiguë, une question revient souvent :
« Est-ce que je me suis réellement blessé ? »
La réponse n'est pas toujours aussi simple.
La douleur est un signal d'alarme particulièrement utile, mais elle ne correspond pas systématiquement à l'importance d'une lésion. Comprendre ce fonctionnement permet souvent de diminuer la peur du mouvement et de reprendre progressivement une activité normale.
La douleur est un système de protection
La douleur a une fonction essentielle : nous protéger.
Lorsqu'une partie du corps est réellement lésée ou menacée, le système nerveux peut produire une expérience douloureuse afin de nous inciter à modifier notre comportement.
Imaginez que vous vous brûliez la main : la douleur vous pousse immédiatement à retirer celle-ci de la source de chaleur.
Dans cette situation, le signal est extrêmement utile.
Mais la douleur ne dépend pas uniquement de la quantité de tissu lésé.
L'International Association for the Study of Pain (IASP) définit aujourd'hui la douleur comme une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée, ou ressemblant à celle associée, à une lésion tissulaire réelle ou potentielle. Elle précise également que douleur et nociception sont deux phénomènes différents.
Autrement dit :
avoir mal ne signifie pas nécessairement que l'on est en train d'abîmer son corps.
Peut-on avoir très mal sans avoir une lésion importante ?
Oui.
C'est particulièrement fréquent dans les douleurs aiguës du dos.
Une lombalgie peut apparaître brutalement et provoquer une douleur très intense avec une sensation de blocage majeure, alors qu'aucune lésion grave n'est présente.
Cela ne signifie absolument pas que la douleur est « dans la tête ».
La douleur est réelle.
Simplement, son intensité dépend de nombreux paramètres : les informations provenant des tissus, mais aussi le contexte, les expériences antérieures, le niveau de stress, la fatigue, les émotions et la signification donnée aux symptômes.
C'est notamment pour cette raison que deux personnes présentant une situation physique comparable peuvent ressentir des douleurs très différentes.
Et le fameux « nerf coincé » ?
Lors d'un torticolis ou d'un lumbago, il est fréquent de penser immédiatement :
« J'ai dû me coincer un nerf. »
Pourtant, une douleur intense n'est pas suffisante pour conclure à une atteinte nerveuse.
Une véritable atteinte neurologique peut effectivement provoquer des douleurs, des fourmillements, une perte de sensibilité ou une faiblesse musculaire. Mais une douleur aiguë du dos peut également être liée à des mécanismes musculosquelettiques sans qu'un nerf soit lésé ou comprimé.
C'est pourquoi un examen clinique est important.
Il permet notamment d'évaluer la force musculaire, la sensibilité, certains réflexes, la mobilité et, lorsque cela est nécessaire, différents tests neurologiques.
L'objectif est de distinguer une situation nécessitant une prise en charge médicale spécifique d'une douleur mécanique pouvant être accompagnée de manière conservatrice.
Pourquoi le dos peut-il alors donner cette impression de « blocage » ?
Lorsqu'une douleur apparaît brutalement, le système nerveux peut mettre en place une véritable stratégie de protection.
Les muscles peuvent se contracter fortement.
Certains mouvements deviennent alors particulièrement douloureux.
La personne réduit spontanément ses mouvements et adopte une position qu'elle considère comme plus sécurisante.
Ce phénomène peut donner l'impression que le dos est « bloqué ».
Mais il est important de comprendre que cette sensation de blocage ne signifie pas nécessairement qu'une vertèbre s'est déplacée ou qu'il faut absolument « remettre quelque chose en place ».
Le corps peut simplement limiter le mouvement parce qu'il perçoit une menace.
Le rôle de la peur dans la récupération
Après un épisode douloureux, il est très compréhensible d'avoir peur de bouger.
Le raisonnement peut devenir :
« Si je me penche, je vais me faire plus mal. »
Puis :
« Si j'ai mal, c'est que je suis en train d'aggraver ma blessure. »
Et finalement :
« Je préfère ne plus bouger. »
Le problème est que cette stratégie de protection peut parfois entretenir la perte de confiance dans le mouvement.
On entre alors dans un cercle :
douleur > peur du mouvement > diminution de l'activité > perte de confiance > mouvements perçus comme plus menaçants > douleur.
Cela ne signifie pas que la douleur est provoquée volontairement par la peur. Cela signifie que la manière dont le cerveau interprète une situation peut influencer la réponse douloureuse et le comportement.
Faut-il alors continuer à bouger quand on a mal ?
Dans la majorité des douleurs aiguës du dos non compliquées, le repos complet n'est généralement pas la meilleure stratégie.
L'objectif est plutôt de retrouver progressivement les mouvements et les activités que la douleur avait limités.
Cela ne signifie pas qu'il faut « forcer malgré la douleur ».
Il s'agit plutôt de trouver un niveau de mouvement acceptable, puis de réintroduire progressivement les contraintes.
La reprise doit être adaptée à chaque personne et à chaque situation.
Pour les lombalgies, l'Organisation mondiale de la Santé recommande notamment une approche comprenant une évaluation clinique complète et une prise en charge adaptée aux facteurs physiques, psychologiques et sociaux pouvant influencer les symptômes.
Le rôle de l'ostéopathie dans cette prise en charge
Lors d'une douleur aiguë cervicale, thoracique ou lombaire, mon objectif n'est pas simplement de rechercher « ce qui est bloqué ».
La première étape consiste à comprendre la situation.
Je recherche notamment :
- les circonstances d'apparition ;
- les caractéristiques de la douleur ;
- les mouvements qui la provoquent ou la diminuent ;
- les éventuels signes neurologiques ;
- les facteurs pouvant nécessiter un avis médical ;
- les conséquences de la douleur sur les activités quotidiennes.
Lorsque la situation le permet, le traitement manuel peut être utilisé comme un outil parmi d'autres pour diminuer les symptômes et faciliter le mouvement.
Mais il peut également être associé à des conseils, des exercices et surtout à une explication permettant au patient de comprendre ce qui lui arrive.
Mon objectif : vous rendre progressivement autonome
Une séance peut parfois permettre de diminuer rapidement une douleur.
Mais l'objectif d'une prise en charge ne devrait pas être de devenir dépendant des consultations.
Je cherche plutôt à aider mes patients à comprendre leur douleur, à retrouver confiance dans leurs mouvements et à reprendre progressivement leurs activités.
Lorsque cela est pertinent, j'utilise notamment l'application Andrew® afin de proposer des exercices personnalisés à réaliser entre les consultations.
L'objectif est simple :
vous aider à retrouver le contrôle de votre corps et à ne plus avoir peur de chacun de ses mouvements.
Une douleur aiguë doit néanmoins toujours être évaluée avec discernement
Comprendre les mécanismes de la douleur ne signifie pas qu'il faut banaliser une douleur aiguë.
Une douleur dorsale inhabituelle, particulièrement intense, associée à certains symptômes neurologiques, généraux, thoraciques ou viscéraux peut nécessiter une évaluation médicale.
C'est pourquoi l'examen clinique reste essentiel avant toute prise en charge.
Parfois, la meilleure décision n'est pas de traiter immédiatement, mais de demander un avis médical.
En résumé
Un lumbago ou un torticolis peut être extrêmement douloureux sans correspondre nécessairement à une lésion grave.
La douleur est un signal de protection, mais elle ne constitue pas à elle seule une mesure de la gravité d'une lésion.
Comprendre cette distinction permet de diminuer certaines peurs, de retrouver progressivement confiance dans le mouvement et d'adapter la reprise des activités.
L'objectif n'est pas d'ignorer la douleur, mais de comprendre ce qu'elle nous dit et d'apprendre progressivement à lui répondre.
Vous pouvez consulter mes différents articles :
Pierre Hamann – Ostéopathe à Évreux
Douleur nerveuse, fourmillements, décharges électriques : comprendre avant de traiter
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